1016 – Malaise dans la civilisation…

Un article proposé et écrit par Ana.

Trois sujets de société me courent sur le haricot, et particulièrement celui du moment :

  • les manif contre le mariage pour tous et contre la procréation médicalement assistée des femmes homosexuelles
  • l’interdiction de se suicider avec une assistance médicale [1]
  • le don d’organes vitaux, à discrétion du donneur ou/et de sa famille

Au nom de quels principes tangibles :

  • on interdit aux vivants presque morts, mais toujours parfaitement conscients, et parfaitement souffrants, le droit de se suicider avec une assistance médicale ;
  • on donne aux morts bien morts ou à leurs familles, le droit de disposer de leurs organes, alors que ces mêmes organes ont le pouvoir de sauver la vie de vivants encore vivants, qui se débattent, eux, pour survivre, et qui sont susceptibles de perdre la vie sans ce don ;
  • les hétérosexuels se jugent-ils seuls capables d’élever légalement des enfants ?

mariage-pour-tous-decouvrez-la-campagne-oui-legaliteAinsi, dans notre grand pays, qui donne des leçons à la terre entière, les définitivement morts ont non seulement plus de droits sur leur corps que les encore vivants, mais ont même le pouvoir de vie ou de mort sur un certain nombre d’entre eux.

Et un certain nombre d’hétérosexuels (dont une partie des meneurs n’a jamais élevé d’enfants – les curés) se croient en droit de décréter, au nom des enfants qu’ils ne sont plus eux-mêmes depuis lulure, qu’eux seuls sont capables de les éduquer et de leur apporter l’équilibre indispensable à leur bon développement.

Quand j’entends, ça, je crois rêver. On dirait qu’aucun couple hétérosexuel n’a jamais été remis en cause dans aucune thérapie.

Quant aux milliers d’enfants qui dorment chaque nuit à la DDASS, ça doit être parce qu’aucun de leurs parents n’est marié… A moins que ce soit tous des enfants d’homosexuels…

Tout enfant a droit à un père et une mère, qu’ils disent. C’est quoi un père et une mère ? Un spermatozoïde et un ovule ? Ou bien une personne qui vous aime, vous protège, vous encadre et vous prépare à l’avenir ? C’est exactement le principe de la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 (signée par 193 pays). Il n’y est fait nullement mention de père et de mère. Encore moins d’hétérosexuels. Mais de parents, sans plus de précisions.

Que je sache, les hétérosexuels n’ont pas l’apanage de l’amour et de la protection. On pourrait aussi interdire aux jeunes veufs d’élever leurs enfants. Ou, mieux, interdire aux femmes ménopausées de se marier. Qu’elles se consolent, il leur restera le PACS. Après tout, si on se permet de tant débattre aujourd’hui sur le mariage pour tous, c’est bien qu’à la différence du PACS, le mariage civil stipule expressément qu’il sert à fonder une famille, ce que les femmes ménopausées ne sont plus en mesure de faire.

Et que dire de ces parents hétérosexuels devant lesquels on pleure à la télévision parce qu’ils élèvent depuis leurs naissances 5 gosses de moins de 10 ans dans 15 m2 ?

Quand, malgré la naissance de son premier gosse, puis du second, on ne parvient pas à obtenir un logement digne de ce nom, fait-on un enfant supplémentaire tous les 18 mois ? Ces parents sont-ils plus responsables qu’un couple d’homosexuels ?

Et celles qui se désintéressent de leur petit sitôt qu’il commence à parler, mais adorent la relation au bébé (ce ne sont pas des cas isolés, une association de ce type a géré cette problématique dans la ville-préfecture où j’habite) et peuvent ainsi en faire 3 à la suite sans que la loi n’intervienne ? On place les fratries en familles d’accueil (hétéro, je vous rassure). Point final. Aucune illégalité là-dedans. Et on croise les doigts pour que ces femmes acceptent de se faire soigner. Stérilisation ? Blasphème ! Totalement politiquement incorrect.

J’oserai à peine parler de ce type que j’ai rencontré (un cas isolé, lui, j’espère) il y a quelques années, auquel son ex-femme avait laissé deux de ses fils après leur séparation (ils avaient eu 4 enfants en 7 ans) parce qu’elle les jugeait insupportables. Le type en question, hétéro pur sucre, exigeait du Conseil Général qu’il lui versât la somme exacte qui aurait été attribuée pour ses gosses à une famille d’accueil, et non le piètre montant des allocations familiales. Le Conseil Général ayant évidemment refusé, pour compenser ses pertes, le type avait fait de ses fils ses esclaves, qui obéissaient au doigt et à l’œil à ses moindres desiderata. Les gosses allaient à l’école, mangeaient correctement, étaient propres, n’avaient aucun problème de comportement. Donc, aucun droit de l’enfant bafoué. Un père, ça ?

Multiplier les enfants, même si on n’a aucun moyen, aucun avenir et aucun cadre à leur proposer, n’est pas réprimé par notre loi judéo-chrétienne (pas plus que par la loi musulmane), qui, jamais, ô grand jamais, n’osera remettre en question le droit inaliénable à pondre des enfants à la chaîne, même si on ne les élève pas. Que deviennent-ils ces dizaines de milliers de gosses ? Qui défile pour ceux-là ?

On déplore le manque de profs, le manque d’éducateurs, le manque de structures éducatives, on multiplie les moyens. Mais les parents hétérosexuels qui en sont à l’origine, eux, pas de problèmes, ils peuvent continuer. Personne ne va jamais avoir le courage de leur dire « Bordel de merde, arrêtez de faire des gosses, vous êtes incapables de vous en occuper  ! » Pas même le Front National, qui, pourtant, adorerait ça … Mais… « multipliez-vous », y a écrit dans la Genèse. Les hommes et les femmes ont été créés pour ça. (Coincé le FN…)

Les homos, eux, ils ne sont pas faits pour ça. D’ailleurs, sans Mitterrand, ils n’auraient peut-être toujours pas d’existence légale. Alors accorder le droit d’adopter ou de procréer en toute légalité à un couple d’homosexuels qui demande juste à pouvoir assumer ses devoirs de parents jusqu’au bout. Quelle horreur ! Pas prévu par l’Ancien Testament (qui aurait été écrit il y a au moins 2 000 ans avant Jésus-Christ).

Même les psys sont divisés sur le sujet. En gros, ceux qui s’appuient sur les théories freudiennes sont contre ; ceux qui s’en sont affranchies sont pour.

J’avoue avoir été consternée par les arguments des premiers. Ils soutiennent un déterminisme biologique et une intention de la nature qui nous fait faire un bond de deux siècles en arrière. On dirait que Le Deuxième sexe n’a jamais été écrit, pas plus que L’amour en plus. On dirait même pour certains qu’ils regrettent les années 70, quand l’homosexualité était encore répertoriée parmi les maladies mentales.

Voici un résumé de la thèse de Claude Halmos (une modérée, les textes des radicaux sont à la limite du soutenable), dont l’article complet s’intitule « Grâce à la différence des sexes, du désir circule ». Même si son prénom ne le dit pas (cela ne vous a pas créé trop de problèmes d’identité sexuelle, Madame Halmos ?), je précise que Claude Halmos est une femme (vous pouvez aussi la retrouver toutes les semaines sur France Info).

« L’enfant a besoin d’un père et d’une mère qui soient un homme et une femme. Il s’agit que la mère accepte d’être femme et mère et pas homme et père et qu’à l’inverse l’homme reconnaisse qu’il ne peut être femme et mère. Il s’agit que chacun soit posé dans sa différence et que du désir circule à cause de cette différence. En quoi est-ce important pour l’enfant ?

La différence des sexes intervient au moment du maternage du nourrisson, cette période des premiers mois où se construisent les fondations de l’humain et le sentiment de sécurité qu’il aura (ou n’aura pas) sa vie entière. L’enfant a besoin à ce moment-là qu’une femme s’occupe de lui parce que cette période de sa vie prolonge quelque chose de la vie intra-utérine dont seule une femme peut sentir le besoin (soit parce qu’elle a porté cet enfant soit parce que, mère adoptive, elle s’identifie à celle qui l’a porté).

La différence des sexes permet au père de prendre sa place de « porteur de la loi ». Pour cela, il faut que le père soit reconnu par la mère comme ayant « quelque chose » (une place, un pouvoir, un sexe…) qu’elle n’a pas et qu’elle accepte de ne pas avoir. C’est parce qu’il est porteur d’une différence que le père est situé comme « autre », et donc « tiers », entre la mère et l’enfant. Et c’est l’acceptation par la mère de cette différence qui permet à l’enfant d’accepter que lui non plus n’est pas tout puissant et qu’il est donc soumis aux limites, aux règles, à la loi.

La différence des sexes permet à l’enfant de construire son identité sexuelle. Il s’identifie au parent du même sexe que lui en se sentant « homme » ou « femme » comme son père ou sa mère se sentent « homme » ou « femme » ; il découvre l’autre sexe au travers de ce qu’il sent du désir de son parent du même sexe pour cet autre sexe ; il a besoin que le parent du même sexe que lui l’accompagne et le soutienne dans le chemin vers son identité. Pour ne pas avoir peur des femmes, un garçon a besoin d’un « compagnonnage viril » avec un père qui le rassure. Pour se sentir heureuse, une petite fille doit sentir que sa mère est heureuse d’être une femme.

Les corps sexués de ces parents et le désir qui circule entre eux sont donc indispensables pour qu’un enfant puisse se construire. C’est encore plus important pour les enfants adoptés qui ont besoin de reconstruire leur origine et de comprendre de quel désir ils sont nés. »

Ainsi donc, de la capacité de votre mère-femme à jouer à la maman, et de votre père-homme, à jouer au papa, et du désir qui circule entre eux, dépendra pour le reste de votre vie votre construction psychique, votre rapport aux limites, et votre propre capacité à vous-même devenir une bonne mère-femme affectueuse et un bon père-homme porteur de la loi.

Ouah ! En dehors de la famille Ingalls, point de salut ! Messieurs, qui ne savez pas dire non à vos petits, et Mesdames, qui passez votre temps à leur rappeler les règles élémentaires de civilité, prenez donc une semaine pour vous regarder en boucle les 200 épisodes de La Petite maison dans la prairie !

Dans une certaine mesure, cette conception des rôles, très « église baptiste américaine », me rappelle mon prof de physio en 2e année de fac (de psycho en 1985). Il avait été très fier de nous faire part de ses derniers travaux sur l’instinct maternel chez les rats. Ainsi, son équipe avait prouvé que les rates nullipares (qui n’avaient jamais eu de bébé), s’occupaient des bébés de la même façon que les primipares ou les multipares (qui ont eu des bébés). Il prouvait donc l’instinct maternel chez les rates. Quand il demanda à l’amphi s’il y avait des questions, je levai timidement la main pour lui demander quels avaient été les résultats chez les rats mâles, jeunes et moins jeunes. Il me regarda longuement avant de répondre que cette expérimentation n’avait pas été effectuée. J’insistai en lui demandant pour quelle raison cette expérience n’avait pas été faite. Il fut obligé de répondre qu’aucun membre de l’équipe n’y avait pensé. Aucun de ces chercheurs, ni hommes, ni femmes, ne s’était posé la question de l’instinct maternel en d’autres termes qu’en l’associant à la biologie féminine.

Je ne cherche pas à vous démontrer ici que les rats mâles ont peut-être l’instinct maternel (je n’en ai aucune idée, après cet échange, ce prof rasait les murs à chaque fois qu’il me croisait dans les couloirs), mais que les chercheurs, les experts, les spécialistes n’ont pas plus de facilité que les autres à dépasser leurs préjugés, leur culture et leur formation. Or, il me semble que le principe même de la recherche, c’est d’être capable de poser des hypothèses susceptibles de transgresser nos schémas appris.

Dans un autre registre, je ne m’étendrai pas sur le contenu des cours qui nous étaient dispensés sur l’autisme en 1986 et 1987, mais je peux vous assurer que pas une fois n’a été évoquée la possibilité d’un gène perturbateur, dont on parle aujourd’hui. Les seules responsables étaient les mères. Oh, pas volontairement, non ! Elles n’avaient rien de commun entre elles, mais elles avaient forcément toutes « déconné » quelque part et raté une étape fondamentale du développement de leur enfant. Ce qu’on leur mettait sur le dos m’a poursuivie (et traumatisée) jusqu’aux 3 ans de mon aîné ; jusqu’à ce que je sois certaine qu’il ne présentait aucun symptôme d’autisme.

Peut-on affirmer, en ce qui concerne l’espèce humaine, qu’être un homme et qu’être une femme sont autre chose qu’une terminologie ? Si l’on ne considère que la terminologie « femme », la plus caricaturale, celle à laquelle on a prêté toutes les aberrations (souvenez-vous, il y a un moins de deux siècles, – et pas uniquement pour les moins éclairés, des scientifiques ont défendu ces thèses – les femmes n’avaient pas l’esprit mathématique, ne pouvaient pas se concentrer longtemps, donc ne pouvaient pas poursuivre d’études, n’avaient pas d’idée propre…). Et je ne vous parle même pas de la terminologie « Noir » par rapport à « Blanc », qui a fait l’objet de tous les délires.

Aujourd’hui, un certain nombre de psys pensent qu’accorder aux homos le droit d’avoir des enfants est dangereux pour la construction psychique desdits enfants à venir, voire pensent que ce désir d’enfant est quelque peu suspect. C’est que l’on touche à leur théorie de base, celle sur laquelle repose leur science : la « scène primitive », dont vous n’avez aucun souvenir, évidemment, mais qui préside à votre identité sexuelle.

La nouvelle réalité du XXIe siècle, celle à laquelle Freud n’avait pas pensé, c’est que désormais, pour faire un enfant, l’union hétérosexuelle par pénétration n’est plus nécessaire. Du coup, les fantasmes de scène primitive et de conception ne sont plus une seule et même chose. Cette nouvelle donne impose à ces psys d’accepter qu’il faut désormais distinguer la fécondation, des fantasmes liés à la procréation et au désir d’un ou plusieurs parents d’engendrer un enfant. Et que notre capacité de symbolisation n’est pas forcément la conséquence de situations réelles.

Tout cela nous renvoie bien sûr aux débats des années 80 sur la procréation médicalement assistée, pendant lesquels, déjà, beaucoup prédisaient pour ces enfants l’altération de leur inconscient et de leur capacité de symbolisation. Privés à l’origine de l’abri de l’utérus, ils ne pourraient accéder à la scène primitive. On voit ce qu’il en est 30 ans après. Zont pas l’air d’aller plus mal que les autres, ces gosses-là. Ça se saurait. Surtout en ce moment…

Chacun sait que l’engendrement et l’accouplement sont deux choses différentes. Les enfants des homos, comme tous les enfants qui vivent dans un contexte de pluriparentalité sauront élaborer un roman des origines, qui inclut tous les protagonistes de leur histoire. « Le plus important (je cite Serge Hefez) est que l’on puisse raconter à l’enfant une histoire « juste » de ses origines, histoire qu’il pourra inlassablement se raconter à lui-même, transformer à sa guise en interpellant quand il le peut tous les protagonistes du récit. L’origine ne fait sens que par les questions qu’elle pose et par la parole qu’elle fait circuler autour de son mystère. Elle est toujours à créer, elle se trame dans un conte à jamais inachevé que la famille se raconte inlassablement. Le seul « intérêt supérieur » de l’enfant réside dans une définition stable de sa filiation, définition intégrable dans la société dans laquelle il vit. »

Je ne doute pas que l’inconscient vive avec son temps, et que les enfants d’aujourd’hui ont beaucoup plus d’imagination que ces psys d’hier, que les théories qu’ils ont apprises rassurent, mais enferment dans des carcans. Tout est à créer, pour eux, comme pour nous tous, et l’on peut comprendre qu’ils aient la trouille. Mais alors, par pitié, qu’ils se taisent.

Toutes ces prétendues convictions éthiques, morales, psychiques, qui régissent nos lois les plus obsolètes, sans reposer sur la moindre réalité, et sans la moindre considération pour les quelques poignées de protagonistes concernés (pour qui ces lois changeraient tout, alors que leur application ne changerait absolument rien à la vie (et je dis bien à la vie) de ceux qui sont contre, me tapent royalement sur les nerfs. Et ne me paraissent pas du tout relever d’une réalité pédo-psychique, ou de la philosophie christique (pour laquelle j’ai la plus grande estime) dont un certain nombre osent se réclamer, ou encore d’une quelconque éthique (quelle éthique reconnaît la souffrance inutile (le droit de mourir dans la dignité), la non-assistance à personne en danger (le choix de donner ou non ses organes), ou proscrit le désir d’enfant) ; mais bien de croyances/superstitions moyenâgeuses (à noter que le mariage civil n’existe que depuis la Révolution), elles-mêmes fabriquées par des hiérarques moyenâgeux, qui ont utilisé et réinterprété les transcriptions des prêches du Christ pour consolider leur politique, endormir le peuple et contrôler la cellule familiale, pilier de la pérennisation de leur pouvoir et donc du christianisme, concept que le Christ, révolutionnaire s’il en est, n’aurait peut-être même pas validé.

Certes, on pourrait se réjouir que, pour une fois, la pensée de la moitié des psys de notre pays rejoigne celle des adeptes des religions monothéistes (pas tous les croyants, heureusement, y en a un paquet qui réfléchit), sur le fait que, « le mariage pour tous est une atteinte à la famille ».

Je vous livre ici deux définitions de la famille : celle de l’anthropologue Claude Levi-Strauss, né en 1908 et mort en 2009 (1) et celle de l’INSEE, créé en 1946 (2).

  1. Une famille est une communauté de personnes réunies par des liens de parenté existant dans toutes les sociétés humaines. Elle est dotée d’un nom, d’un domicile, et crée entre ses membres une obligation de solidarité morale censée les protéger et favoriser leur développement social, physique et affectif.
  2. Une famille est la partie d’un ménage comprenant au moins deux personnes et constituée soit d’un couple marié ou non, avec le cas échéant son ou ses enfant(s), soit d’un adulte avec son ou ses enfant(s) appartenant au même ménage (famille monoparentale).

Le mariage pour tous modifiera-t-il un seul des termes de ces définitions ?

Tous ces détracteurs qui manifestent toutes les semaines depuis un mois, main dans la main avec leurs enfants, et tentent par tous les moyens d’infléchir la promulgation de la loi, et qui ont le toupet de prononcer en mon nom « les Français ne veulent pas de… », voteraient-ils aujourd’hui le droit à la contraception, le droit à l’avortement et l’abolition de la peine de mort ?

Voteraient-ils même le droit à l’éducation des filles et à l’égalité des femmes ?

Ou rêvent-ils d’une société où l’on remettrait les femmes à la maison pour qu’elles ne fassent aucune concurrence à leurs fils dans les grandes écoles, et où ces mêmes fils n’auraient aucun appui légal pour assouvir jusqu’au bout leur penchant contre nature ?

On pourra m’opposer que le corps principal des manifestants contre le mariage pour tous n’est pas composé des ultras que je dénonce et reconnaît parfaitement l’homosexualité. Sauf leur droit de se marier et donc d’avoir des enfants. Au nom, je cite leurs banderoles, de « Un père et une mère, c’est élémentaire », et « un enfant n’est pas un droit ».

Je n’aurai qu’une question à leur poser :

Pourquoi ne défilez-vous pas pour vous opposer à la loi de 1966 qui donne le droit d’adoption aux célibataires (un tiers des adoptions à Paris en 2008), alors qu’il est évident pour tout le monde qu’il est bien plus aisé d’être deux pour élever un enfant, que seul ?

Pourquoi personne ne s’est alors posé la question « d’un père et d’une mère, c’est élémentaire », et « un enfant n’est pas un droit » ?

Parce que l’homosexualité était illégale en 1966 ? Ne vous en déplaise, elle est légale depuis 1982.

Parce que ces enfants adoptés ont un père et une mère biologiques ? Mais que craignez-vous ? Que les homosexuels conçoivent un enfant par la grâce du Saint-Esprit ?

Votre démarche est parfaitement incohérente et une insulte aux homosexuels. Car qu’est-ce qu’un homosexuel ? Une personne qui a pour seule différence avec vous d’être attirée sexuellement par une personne du même sexe.

Vous passez votre vie à parler de votre sexualité avec vos gosses, vous ? Elle non plus.

On reproche aussi aux homosexuels la qualité de leur désir d’enfant, qui serait plus narcissique et plus égocentré que le désir d’enfant de parents hétérosexuels (objectal et généreux). Je vous rappelle la phrase sensée vous toucher en plein cœur : « un enfant n’est pas un droit ».

Un désir demeure un désir. Quels qu’en soient l’origine et le contenu, il a pour seul objectif d’être assouvi. Celui des hétéros n’est pas plus légitime que celui des homos. Tous ceux qui veulent des enfants, les veulent pour répondre à un certain nombre de besoins plus ou moins narcissiques, sur lesquels je ne m’étendrai pas ici, de promesses d’équilibre et de bonheur que représente la vie familiale en couple avec des enfants. Et tous veulent donner à ces enfants le meilleur d’eux-mêmes.

Mais comment leur offrir le meilleur, quand on est homos ? Vous imaginez, notamment, les quolibets ?

C’est exact. Les seules vraies difficultés supplémentaires que connaîtra un enfant d’homos par rapport à un enfant d’hétéros, ne proviendront que des conséquences du regard que portent les détracteurs de la loi sur ses parents ; les conséquences de cette stigmatisation, sur laquelle, lui, sans eux, il ne se serait jamais interrogé ; les conséquences de cette suspicion arborée en slogans et transmise publiquement à leurs propres enfants, qui seront les premiers, dans la cour d’école, à insulter cet enfant d’homos, sans même savoir pourquoi.

Ils défendent les droits des enfants, ces gens-là ? Non, en affichant publiquement leur position sur l’incompétence de leurs parents, ils agressent les enfants d’homos et nient leur légitimité. J’ai honte pour mon pays quand j’entends les députés de droite demander un référendum sur cette question au nom de la liberté de conscience. Comment ne pas être choqué de demander à 40 millions de personnes absolument pas concernées d’aller décider, « en toute conscience », du sort de 100 fois moins.

Alors que se cache-t-il réellement derrière l’allergie au mariage pour tous, puisque la loi sur l’adoption monoparentale de 1966 (par une personne non homosexuelle, cela va sans dire) n’est pas remise en question. La crainte de la contagion, de la modélisation ? Qu’on finisse tous homosexuels ? Qu’un enfant d’homosexuels devienne lui-même homosexuel ?

Aucune étude ne le démontre. Rien. Nada. Au mieux, on peut déduire de ces études une bisexualité plus longue chez ces enfants, un esprit plus ouvert et une plus grande maturité. Ce n’est pas aux Freudiens que j’apprendrai la bisexualité innée des enfants, que ces derniers doivent progressivement abandonner pour s’identifier à leur sexe physique. On ne peut d’autre part que se réjouir de leur ouverture d’esprit (on risque d’en avoir encore vachement besoin, quand je vois ce que déclenche le mariage pour tous…). Quant à leur maturité, c’est évidemment aux détracteurs de leurs parents, qu’ils la doivent…

Alors, avant de déposer 5 000 amendements à l’Assemblée Nationale (5 000, vous avez bien lu) pour interdire à quelques-uns les droits qu’ils ont toujours eus, eux, parce que la biologie ou la façon dont ils ont géré leur scène primitive ou/et leur relation à leur mère (je n’ai pas d’idée sur la genèse de l’homosexualité) les a constitués hétéros, la droite interrogeait les homosexuels ? Si elle leur demandait comment ils sont devenus homosexuels et depuis quand ? Ces derniers leur répondraient-ils que c’est par imitation ?

Enfin, s’ils sont si sûrs de l’éducation et de l’équilibre qu’ils offrent en tant qu’hétéros à leur progéniture, tous ces descendants de Charles Ingalls, pourquoi sont-ils si inquiets ? Ils ne seront jamais concernés, leurs enfants, non ? Aucune chance que leur petit-fils ait deux pères ou deux mères… A moins que…

Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas à eux que l’on doit un seul des textes fondateurs de nos droits sociétaux. Merci Monsieur Neuwirth, merci Madame Veil, merci Monsieur Badinter, merci Monsieur Mitterrand.

Et incessamment sous peu : merci Monsieur Hollande.

Attelez-vous maintenant au droit de mourir dans la dignité, au-delà de loi Léonetti – qui ne résout pas la moitié des cas concernés – avant que la droite ne revienne aux affaires. Car cette formidable droite, qui a le don de parler et de défiler au nom de tous les Français, pour s’opposer aux avancées sociétales de quelques-uns, n’a jamais pris l’initiative de revenir en arrière, une fois recouvré le pouvoir… Bizarre, non ?

Quant au fait que le don d’organes d’un mort, à mes yeux, n’a pas à passer par l’autorisation de qui que ce soit, mais devrait être automatique, au nom de la non-assistance à personne en danger, je crains de ne pas le voir de mon « vivant »… Je n’ai même jamais entendu un médecin oser défendre publiquement cette opinion.

Ana

PS :

Je précise que je suis une pure hétérosexuelle (je n’ai jamais couché avec une femme, même si les propositions n’ont pas manqué), qu’aucun membre de ma famille n’est homo, et que je suis catholique, sinon pratiquante, du moins assidue (pas au point d’aller à la messe tous les dimanches, mais je fais une retraite dans une communauté religieuse au moins une fois par an). Je lis le Nouveau Testament et les grands théologiens régulièrement, et mes enfants sont tous les deux baptisés – c’est d’ailleurs moi qui ai écrit l’ensemble des textes de leurs baptêmes en m’appuyant sur des lectures de Teilhard de Chardin et de Maurice Zundel. Je m’intéresse à la parole du Christ depuis ma première année de catéchisme et à l’histoire du christianisme depuis 20 ans. Pour autant, je n’avale pas n’importe quoi et je fais la différence entre une philosophie et une foi (la spiritualité) et une religion (des rites et des dogmes). J’adhère aux premières, beaucoup moins à la seconde.

De même, ni aucun membre de ma famille, ni moi-même n’avons jamais eu besoin de recourir au don d’organe. Je n’ai jamais été confrontée à ce problème. Pour autant, le don d’organes me semble une évidence. Si l’un de mes fils venait à mourir, je pense même que ce serait pour moi le seul moyen d’avoir une chance d’accéder au travail de deuil.

J’ai donc interrogé mes enfants (18 ans et 13 ans) à ce sujet (faut débattre en famille de la question, pour connaître le choix de chacun, qu’on nous dit deux fois par an à la radio). Nous avons débattu. Longuement. Aucun des deux ne veut donner ses organes après sa mort. Zen n’ont rien à cirer de pouvoir sauver la vie de gens qu’ils ne connaissent pas. Si la question devait se poser, je me retrouverais donc dans l’obligation morale d’accepter leur choix, qui à mes yeux ne repose sur rien d’autre que sur leur immaturité (pas de conviction religieuse là-dedans, ils se disent athées). Or, mon éthique à moi repose sur celle de sauver des vies, avant toute autre considération, puis de tenter de dépasser un tel désespoir, ne serait-ce que pour prendre soin de l’enfant qui reste. Laisser le choix de donner ou non ses organes après sa mort est-il donc, sinon moral, du moins, tout simplement, civique ?

Dernier PS :

Je tiens à saluer le courage de Madame Taubira, qui a signé la circulaire permettant à des enfants issus de mères porteuses étrangères d’obtenir la nationalité française, quand un des parents est français. Que l’on soit pour ou contre la Gestation pour autrui (peut-être un autre blog ?), les enfants n’ont absolument pas à subir le choix de leurs parents, conformément à la Convention internationale des droits de l’enfant. En signant cette circulaire sans plus attendre, pour homogénéiser toutes les décisions prises dans les différents départements à ce sujet, elle a montré à quel point l’intérêt de l’enfant, même quand ils sont moins de 50, dépasse à ses yeux toutes les querelles parlementaires.

Chapeau.

Dans le même temps, la réaction des élus de droite nous démontre aussi à quel point ils se foutent éperdument des droits de l’enfant. D’ailleurs, les connaissent-ils ?

Dernier dernier PS :

je viens d’entendre à la radio que l’article 1 de la loi vient d’être adopté, malgré les gesticulations à l’intérieur et à l’extérieur de l’Hémicycle. Alléluia !

Après Madame Taubira, je salue Monsieur Riester, seul député UMP qui a voté pour.

Mec, je ne sais pas si, dans ton parti, en tant qu’homosexuel, on te reconnaît comme un homme à part entière, mais il y a bien une chose que tes homo(logues) députés UMP seront bien obligés de te reconnaître, c’est ta… « sacrée paire de couilles »…


[1] Le témoignage d’une écrivaine http://www.franceinfo.fr/livre/le-livre-du-jour/le-livre-du-jour-26-01-bernheim-872977-2013-01-26, sur France Info ce week-end est édifiant :

Alors qu’à la demande expresse de son père, en 2008 (après la loi Léonetti de 2005, donc), intellectuel devenu grabataire après un accident cardio-vasculaire, sa sœur et elle avaient réussi à l’envoyer en Suisse pour lui permettre de se suicider de façon assistée, elles ont été arrêtées, sur dénonciation, par la gendarmerie locale française. En garde à vue, elles n’ont ainsi pas pu assister leur père dans ses dernières heures.

Franchement, dans quel pays on vit ? N’est-ce pas les dénonciateurs qui mériteraient 48h de garde à vue !


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