1004 – Infidélité : dire ou ne pas dire

imageDans une enquête publiée en novembre dernier par Ipsos, 53 % des Français pensent qu’il est possible d’aimer tout en étant infidèle. Si elle s’est banalisée dans les faits, l’infidélité reste un sujet tabou. Des histoires d’infidélités dans mon proche environnement m’ont emmené à me remémorer ma propre infidélité.

Parole d’expert :

Avouer son infidélité ?

La question de l’aveu peut être centrale dans une situation de relation extraconjugale : dois-je lui dire ? Aurais-je voulu qu’il/elle me le dise ? Un couple se fonde sur des règles implicites : un contrat tacite est passé même s’il peut être concrétisé par des fiançailles, un mariage…

Quand nous brisons ce pacte, que faire ?

En psychanalyse, la question n’est pas « dois-je lui dire » mais plutôt « pourquoi lui dire ? ». Il n’y a pas de règles, nous sommes dans le subjectif. Chaque histoire d’amour est unique au même titre qu’elle s’inscrit dans deux histoires personnelles déjà inédites.

Si nous préférons ne pas dire, pouvons-nous pour autant aller jusqu’à mentir ? Le silence est souvent considéré comme un mensonge par omission. Que doit-on dire ? Que doit-on taire ? Alors même que le langage est souvent inadapté pour exprimer fidèlement ce que l’on ressent. Qui n’a pas déjà fait l’expérience des « mots qui manquent » ?

Mais surtout qui voulons-nous réellement protéger ?

En effet, la psychanalyse ne voit pas l’aveu ou le mensonge de façon altruiste. Souvent, les motivations explicites sont tournées vers l’autre : « cela lui ferait trop de mal », « il/elle n’accepterait pas que je lui cache une telle chose ». En réalité, la raison est souvent plus égoïste : la trahison nous renvoie une image négative de nous-mêmes et nous cherchons à tout prix à nous racheter de notre « faute ». Le fait de se soucier du bien de l’autre est censé venir redorer notre blason.

La question est donc de choisir son camp et d’en assumer les conséquences.

Caroline Draussin – Psychologue du développement, diplômée d’Etat

Pour moi il y a deux types d’infidélité, l’infidélité sexuelle qui n’est finalement pas très importante pour peu que l’on prenne soin de se protéger, et l’infidélité des sentiments, avec ou sans sexe d’ailleurs, ou il y a clairement un acte de trahison dès lors que l’on est engagé dans une relation avec un tacite contrat de fidélité. Il y a aussi l’infidélité consentie, mais ce n’est plus de l’infidélité.

En ce qui me concerne, si l’on exclut les périodes de butinages multiples, je n’ai vraiment été infidèle que vis-à-vis d’une seule femme. J’avais été d’une fidélité exemplaire pendant dix ans malgré une grande liberté et de nombreux voyages de presse assortis d’une multitude de tentations. Puis est venu le temps de la fin, dans un premier temps je n’ai pas été infidèle, je sortais en solo mais je ne suis jamais passé à l’acte. Plus tard, après le décès de ma mère, je me suis senti autorisé à être infidèle à ma compagne (Ce processus je l’ai recomposé plus tard et les psy ne manqueront pas de nous fournir les explications qui vont bien).

imageJ’ai d’abord été infidèle sexuel, un jeu qui m’a vraiment perturbé, m’a effrayé au point où je me suis enfui comme un voleur de chez ma complice d’une nuit, stupéfaite ! Puis j’ai été infidèle aux sentiments. D’abord par jeu, par besoin d’évasion, sans sexe, puis avec sexe, sentiments et une incroyable capacité au mensonge. Je n’avais plus peur de ce que je faisais et je crois même que je trouvais cette double vie très excitante. Il y avait des sentiments, c’est indéniable, j’étais amoureux, c’est possible, c’est du moins ce que je ressens quand je relis les échange mail, sms ou tchat datant de cette époque. Mais surtout j’avais le sentiment d’aimer deux femmes en même temps, ou du moins je voulais m’en persuader, ça déculpabilise. Avec du recul je pense plutôt que je mettais fin à une histoire sans trop savoir comment m’y prendre, ni même ce que je voulais, après tout je ne suis qu’un homme. Je n’étais pas pour autant capable de m’engager dans une nouvelle relation. Pour aimer à nouveau il n’aurait pas fallu avoir peur, et pour ne pas avoir peur il faut être libre, ce n’était pas le cas. Après quelques mois de cette double vie adultère, et face à une double pression, j’ai avoué mon adultère. Après beaucoup de larmes et de souffrances, cet aveu m’a valu de la part de ma compagne la demande que nous nous laissions une dernière chance. S’en est suivi une agonie de couple qui a duré plus de neuf mois. Je m’en serais passé.

Mais revenons au sujet, avouer ou pas son infidélité ? J’ai toujours été contre, je pense qu’avouer ne sert qu’à se déculpabiliser. Avouer entraine d’inévitables questions qui ne peuvent que faire mal à l’autre. Je pense que si on est infidèle, on doit l’assumer et rester discret, et que si cette infidélité prend une tournure sentimentale, un choix doit rapidement s’imposer : rester ou partir. Personne n’est à l’abri de l’infidélité, mais un minimum d’honnêteté et de respect s’impose, tant vis-à-vis de son compagnon (ou compagne) que de sois même. Je sais ce sont des jolis mots, jolis mots qu’il n’est pas toujours aisé de mettre en pratique, car contrairement à ce que l’on pourrait penser la position d’infidèle n’est pas confortable du tout, il serait presque plus facile d’être victime !

Mais alors me direz-vous, pourquoi j’ai avoué ? Par pure faiblesse ! Ce n’est pas très glorieux, mais j’avais d’un côté ma maitresse qui me pressait en argumentant que comme tous les hommes je ne n’aurais pas le courage d’être honnête avec ma compagne en lui avouant ma relation adultère. Et de l’autre côté ma compagne qui loin d’être bête savait bien qu’il se passait quelque chose, que ce quelque chose était surement féminin et passionnant, mais qui au fond espérait certainement qu’il ne s’agissait que d’une banale histoire de fesses. Ne pensez pas que je cherche à rejeter ma responsabilité, j’ai avoué, j’ai fait mal, et je suis responsable de mes faiblesses.

J’ai donc fini par lui dire, avouer ! Mais cela impliquait aussi de répondre à des questions. Et dans ce délire d’honnêteté je suis allé au bout des choses en m’interdisant de nouveaux mensonges. Sans mensonges ça disait clairement que l’objet de mon infidélité n’était pas juste une simple histoire de fesses. Là je me suis très rapidement rendu compte de mon erreur, je venais de lui faire très mal. Avouer ou pas n’avais pas vraiment d’importance car au fond elle savait qu’il y avait eu tromperie. Par contre, ne pas être faible aurait consisté à prendre sur moi, à mentir afin de minimiser les dégâts, à ne pas faire plus de mal que ce que je n’en avait fait. D’autant plus que dans ce genre de suite, la maitresse ne survit que rarement à l’histoire.

imageLa suite ? J’ai rapidement été prié de quitter l’appartement. Etonnamment, surement après avoir mouillé des milliers de Kleenex, ma compagne a souhaité que nous donnions une dernière chance. Ce que j’appelais plus haut l’agonie du couple. Agonie car au fond de moi je connaissais l’issue. Mais je ne me sentais pas autorisé à refuser, d’autant plus qu’il y avait deux enfants dont un très jeune. J’étais aussi très inquiet sur de devenir des enfants. Je me voyais déjà privé de mes enfants. Pour cette nouvelle chance ma compagne a imposé plus ou moins trois conditions. La plus incongrue à mes yeux était le mariage que j’ai catégoriquement refusé, j’ai toujours été contre et ça n’allais pas changer. Ensuite elle voulait que l’on consulte un thérapeute de couple (elle voyait un psy de son coté), j’ai accepté mais j’ai rapidement remplacé la thérapeute incompétente par de bons restaurants, moins onéreux et bien plus efficace. Enfin la dernière condition était que je m’engage à ne plus avoir aucuns contacts avec ma maitresse. J’ai accepté cette condition et je m’y suis tenu, je lui devais bien ça ! Après neuf mois d’agonie, ma compagne a admis que nous n’avions plus aucunes chances et elle a profité de Noël pour déménager avec les enfants. Respect. Inutile cette longue agonie ? Je ne pense pas, cela m’a au moins permis de ne jamais douter du bien-fondé de cette séparation.

Contrairement à ce que disent les psy et les bonnes pages des magazines féminins, je ne pense pas que l’infidélité soit souvent la vraie cause des séparations (quand il y a infidélité). En tout cas ce n’étais pas le cause dans mon histoire. Tromperie ou pas, la finalité aurait été identique.

La suite a été difficile, même si je suis intimement persuadé qu’il n’existait pas d’autre issue possible, j’ai longtemps porté en moi une lourde culpabilité qui peut être m’empêche encore de vivre. Parfois j’ai même eu peur d’être victime d’infidélité, moi qui avant ne l’aurait jamais imaginé. Mais je n’ai jamais regretté, la séparation. Quant à elle, elle sera à vie la mère de mes enfants et elle peut compter sur moi, elle le sait je crois. Je ne suis pas persuadé du contraire, mais pour moi la relation de parents va au-delà du mariage. Comme je le disais plus haut il est en quelque sorte plus facile d’être la victime, au moins la victime peut dire à l’autre que c’est de sa faute, et l’autre peut rarement en débattre…

Une dernière fois, n’avouez jamais, assumez. Ou alors faites comme moi, depuis je n’ai jamais été infidèle dès lors que je me sentais engagé dans une relation. Non pas que je n’en ai jamais eu envie ou que les occasions ne se soient pas présentées, simplement je n’en ai plus été capable, je sais maintenant que mentir est tout sauf confortable.

Autre avis, autres explications…

L’infidélité est l’une des causes majeures de problèmes dans la relation du couple. Si l’aveu de l’acte peut entraîner diverses réactions, le non-dit instaure souvent un climat de suspicion. Alors, en cas d’incartade, faut-il en parler ?

Vous ne savez pas ce qui s’est passé… Mais voilà, vous avez été infidèle à votre partenaire. Et vous ne savez pas si vous devez lui avouer ! Selon certains magazines féminins,  » il vaut mieux rester fidèle si on est incapable de tenir sa langue « . Alors en parler ou se taire ? Selon Gérard Decherf, Docteur en psychologie à Paris, les réactions dépendent de la personnalité.  » Il existe trois sortes de niveaux d’évolution des individus  » précise-t-il. Chaque personne réagit ainsi en fonction de son propre niveau d’évolution.

Personnalités « narcissiques » : ne rien dire

 » Le premier niveau est le fonctionnement de type narcissique « , explique G. Decherf. Cette catégorie concerne l’individu qui, au fond de lui, n’a pas renoncé à son statut d’enfant. Il souhaite retrouver les bénéfices de la période infantile, caractérisée par un sentiment de toute puissance. Dans ce cas, la personne est centrée sur elle-même. Elle cherche à être rassurée notamment sur ses qualités corporelles et intellectuelles. Dans ce cas, l’infidélité n’est pas dirigée contre l’autre : elle permet en fait de renforcer l’estime de soi. Dans ce cas, parler au conjoint de son incartade risque de le faire souffrir inutilement. Il est préférable que le narcissique entame de lui-même un travail personnel, afin de reprendre confiance en lui.

Personnalités  » génitales  » : sincérité avant tout

A l’opposé du fonctionnement de type narcissique, on trouve des personnes qui ont un fonctionnement de type génital,  » moins marqué par les restes d’enfance  » souligne Gérard Decherf. Les couples génitaux dits  » adultes  » évoluent dans une véritable relation dans laquelle l’autre existe en tant que tel : il est reconnu dans ses besoins et dans son plaisir. Il est respecté. Dans ce couple, pour préserver une relation de qualité, on tient en général compte du partenaire. Et dès lors que l’on reconnaît l’autre dans sa totalité, ne pas avouer un acte d’infidélité paraît incongru.

La sincérité est ainsi très importante chez ceux qui ont un fonctionnement de type génital. Avouer une relation passagère ne met pas en péril la relation car l’autre est capable de supporter un tel aveu. Par contre, une infidélité plus importante doit être avouée avec ménagement.

Personnalités  » narcissiques perverses  » : tout dire pour faire souffrir

Le troisième type de personnalité est celui des individus avec un fonctionnement narcissique associé à un fonctionnement pervers. Dans ce cas, l’infidélité est liée au couple lui-même. C’est le conjoint qui est visé. Cela s’explique par la crainte de perdre l’autre. Pour essayer de retenir son partenaire, on use alors de procédé proche du chantage du type :  » je pourrais facilement trouver quelqu’un qui me rendrait plus heureuse  » ou  » si tu veux me garder soumets-toi à mes exigences « . L’emprise caractérise la relation. Dans ce cas, l’infidélité n’est jamais passée sous silence, puisqu’elle apparaît, non comme une faiblesse ou un écart mais comme une arme pour tenir l’autre et, éventuellement, le faire souffrir.

Les trois personnalités évoquées ici induisent donc des réactions différentes. Dans tous les cas, l’important est de respecter son partenaire, ce qui passe souvent par la parole.

Carole Clément (source : Doctissimo)


2 réflexions au sujet de « 1004 – Infidélité : dire ou ne pas dire »

  1. Ce texte a le mérite de l’honnêteté et j’aime bien la façon dont tu montres l’évolution, de la culpabilité du départ à « l’escalade ».

    Est-ce que le plus douloureux, pour l’autre dans l’aveu, c’est  d’apprendre qu’il est trompé ou de découvrir qu’il vit dans le mensonge depuis des mois avec quelqu’un à ses côtés qu’il croyait connaître et qui se révèle autre?

    On finit toujours par savoir, ou le sent et, en général, ça fait mal, à moins de … ne plus être amoureux…