979 – La Poste s’assoit sur le service public

Quand j’étais ado les études n’ont pas réussi à me poursuivre. J’ai bien exercé quelques emplois, mais sans conviction. Péagiste ou chargeur de camions ne me passionnait pas, contrairement à la photo dont je ne pouvais toutefois pas faire un métier faute d’être admis dans l’école idoine. Ne sachant trop que faire de ma vie, à 17 ans et demie je suis allé faire mon service militaire en me disant que ça au moins ça serait fait. Classifié comme opposé à l’autorité militaire, je me suis toutefois retrouvé à faire des photos, entre autre, et plus ou moins rattaché à un officier conseil qui avait pour charge de nous assurer une porte de sortie. En offrant des billets de train à ceux qui iraient passer des concours administratifs, cet homme a contribué à mes voyages parisiens et il allaire faire de moi un fonctionnaire des postes.

imageSavoir que l’avenir de leur fils était sur de bon rails a également permis à mes parents d’accéder à une certaine sérénité, car jusqu’alors je crois qu’ils étaient vraiment inquiets. Au sortir de mon année sous les drapeaux comme on disait alors, une année salutaire pour beaucoup, je me suis donc retrouvé un beau matin à Paris dans un bureau de poste à distribuer des télégrammes sous la pluie. Si ce travail était profondément ennuyeux, je ne le qualifierait pas de fatigant, mes sorties l’étant bien plus. Plus tard comme il était de bon ton de formuler des vœux afin de se faire muter en province, je me suis retrouvé à distribuer le courrier dans une station de ski, c’était tranquille, la charge était si légère que la nuit j’étais DJ dans une discothèque du cru.

Mais je ne passerais que deux ans sous le soleil des Alpes du sud car je commençais à m’ennuyer ferme, surtout pendant l’intersaison. J’ai alors passé une autre concours afin de rejoindre les Télécoms, ce n’étais alors que le second T de PTT. J’exercerais très peu de temps le métier technique car on me proposera alors un détachement afin de m’occuper d’un centre d’accueil chargé de prendre en charge le jeune personnel débarquant à Paris (début des années Mitterrand avec embauche massive de fonctionnaires). Ce centre était une sorte d’hôtel, j’avais des collaborateurs et mon rôle tenait plus du G.O. ou chef de village du Club-Med que du manager. C’est là que j’ai rencontré mon premier ordinateur, d’abord dans le but de lui confier la gestion, puis très rapidement par passion. Une passion que je cultiverais pendant plus de quinze ans dans le cadre de cet emploi qui me laissais tout le temps libre que je souhaitais. Je monterais des associations dont le but réel était de financer cette passion que je partageais avec quelques collègues. Plus tard, tout en étant toujours fonctionnaire c’est dans ce contexte que je monterais également ma première société.

imageA cette époque on était certes pas très bien payés, mais tant à La Poste qu’à France Télécom ne se suicidait pas. Ce n’est que plus tard avec le processus de privatisation, cautionné par la gauche, que les conditions de travail sont devenues de plus en plus exécrables. Des conditions devenues invivables d’une part par une charge souvent bien supérieure que les pires situations du privé et appliqués à des employés qui avaient bien souvent connu un fonctionnariat bien tranquille. Un choc. D’autre part ces employés se sont souvent retrouvés managés par une armée de chefaillons notoirement incompétents.

Fallait-il privatiser France Télécom ? Oui et non. FT opérateur commercial, oui, afin de stimuler la concurrence. FT en tant que gestionnaire de l’infrastructure, non. Il aurait fallu diviser comme cela a été fait pour l’électricité ou l’on a créé ERDF qui gère l’infrastructure et EDF qui fait du commerce et qui a maintenant des concurrents. Idem pour la SNCF ou RFF gère maintenant l’infrastructure tandis que la SNCF vend des billets en attendant une concurrence qui ne devrait pas tarder (enfin !). On a donc évité que la France se retrouve avec des lignes haute tension pour chaque société ou des lignes de chemin de fer parallèles pour chaque compagnie. Pour les télécoms nos dirigeants n’ont pas eu une réflexion aussi poussée et c’est ainsi que l’on voit régulièrement des opérateurs creuser des tranchés parallèles à celles de France Télécom. FT a voulu préserver à tout prix son pré carré et les politiques se sont laissés dépasser….

imageS’agissant de la privatisation de la Poste le débat est tout autre car cette entreprise a plusieurs métiers. Elle joue un rôle de service public et social qu’elle ne pourra plus jouer une fois privatisée (en tant que facteur je ne faisais pas que distribuer le courrier). Et cette partie aurait dû rester dans le giron public, il n’y avait pas d’autres solutions que de la financer par l’impôt si l’on voulait préserver ce que la poste apportait à la vie rurale. Ensuite si l’on considère que l’Internet s’occupera du courrier, il reste le service des paquets (VPC, entreprises) qui lui doit être concurrentiel, c’est déjà le cas avec Chronopost qui est une filiale de la Poste qui s’oppose à FeDex et DHL ou UPS par exemple). Quant aux CCP devenus la Banque Postale on peut aussi filialiser ou privatiser dans l’univers concurrentiel. Mais à tout vouloir préserver, les organisations syndicales ont perdu et surtout n’ont pas réussi à préserver la partie qui devait rester dans le giron public. Alors aujourd’hui la Poste vend tout et n’importe quoi dans ses bureaux, même de la téléphonie mobile… Par contre le facteur je ne le vois pas tous les jours…

Ce préambule était destiné à présenter ce texte écrit par Le Monolecte dont je partage l’avis. Je sais j’aurais pu faire court. (Lire aussi ici et voir la et la).

La Poste s'assoit sur le service public

Le Monde de ce matin titre doctement sur le nouveau plan stratégique de La Poste qui, Ô surprise, s'apprête à réduire encore plus sa masse salariale pour, soi-disant, s'adapter à l'érosion de l'activité courrier tout en conservant une belle courbe turgescente de rentabilité.

Ce que ce papier sans mise en perspective ne dit pas, c'est :

  • que depuis quelques années, les effectifs ayant déjà fondus, les postiers survivants ont des tournées de plus en plus longues, avec de plus en plus de foyers à couvrir chacun. Il n'est plus rare qu'un postier finisse sa tournée en dehors de ses heures de service. Les tournées sont calculées avec un chronomètre à la main et ne tiennent pas compte des contraintes de circulations ou des montées en charges régulières de l'activité courrier (impôts, catalogues saisonniers, etc.)
  • que depuis quelques années aussi, le gros des recrutements se fait en contrats de droit privé ultra précaires, avec des salaires au plancher et des salariés au sifflet que l'on prend, que l'on jette, pendant des années, avec des sous-statuts et des sous-conditions de travail.
  • que la poursuite de la réduction des effectifs ne pourra se faire qu'avec la réduction programmée du service rendu, la notion de service public passant largement à la trappe.

Déjà, le projet de ne plus distribuer le courrier des particuliers le lundi est dans les cartons depuis un petit moment, en attendant que le public soit pédagogiquement prêt à accepter une fois de plus de payer toujours un peu plus cher un service toujours un peu plus dégradé. De la même manière, les effectifs étant gérés en flux tendu, les absences, que ce soit des congés ou des maladies, entraînent régulièrement des dysfonctionnements de service sur lesquels La Poste reste d'une discrétion exemplaire. Les postiers volants (ceux qui n'ont pas de tournée affectée) sont le plus souvent des précaires qui connaissent peu ou mal leurs secteurs : temps de tri augmenté de manière exponentielle et temps de tournée hors limite. Mais comme même les volants viennent régulièrement à manquer, une tournée vacante est :

  • soi partagée entre deux autres tournées, ce qui augmente la charge de travail des postiers survivants et rallonge le temps de distribution sans compensation,
  • soi tout simplement délestée.

Bien sûr, La Poste nie toute pratique de délestage des tournées, mais dans les faits et les cambrousses, il y a des jours où la petite voiture jaune est aux abonnés absents.

Bouge de chez toi, avec La Poste!

Face à l'explosion de l'habitat péri-rurbain qui augmente significativement les points de tournées et le nombre de foyers par tournée, les nouveaux foyers en lotissement ne sont plus desservis, mais les boîtes sont regroupées à l'entrée du lotissement. Donc, plus de ports de recommandés et de colis : services disparus sans compensation financière. Et surtout, le modèle à l'Espagnole nous guette, avec regroupement des boîtes des petits villages à la mairie, avant de passer directement à la fin de la desserte du dit village, avec boîtes postales obligatoires dans quelques centres de tri cantonaux. Résultat intéressant de cette stratégie de démolition programmée du service courrier : non seulement, on crée des chômeurs avec un enthousiasme qui ne s'érode jamais, non seulement on ruine la notion de service public sans aucun bénéfice pour l'usager, mais surtout, on crée un gaspillage et de la pollution à tire-larigot, parce que la simple perspective de la rentabilité immédiate ne se préoccupe jamais des conséquences collectives de ses choix. Si l'on suit la logique stratégique postale jusqu'au bout, d'ici très peu de temps, là où un gus salarié desservait 200 foyers avec une seule voiture, il y aura bientôt un chômeur de plus et 200 péquins qui prendront chacun leur caisse chaque jour pour aller chercher le courrier au bourg à 10 ou 20 bornes de là.

On n'arrête vraiment pas le progrès ! (source : Le Monolecte)


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